Arlon
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Arlon - Histoire



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Arlon fait partie de ces villes frontières entre deux mondes, latin et germanique, dont l'histoire n'a jamais pu trancher définitivement la question de savoir si elles faisaient réellement partie de l'un ou de l'autre. Sans doute faudra-t-il renoncer à cette catégorisation trop manichéenne, pour admettre que le bourg se caractérise davantage comme une cité de passage, un fil tendu entre deux horizons.

Dès la fondation de l'agglomération au Ier siècle, le vicus gallo-romain d'Orolaunum appartint au territoire de la cité d'Augusta Treverorum, ancienne place de la peuplade celtique des Trévires. Ce territoire faisait partie de l'antique Belgium, dont Jules César nous raconte que les populations qui le composaient étaient ethniquement germaniques, tout en étant politiquement gauloises. Déjà à l'époque, l'arrivant romain peinait à classer les peuples de nos régions, entre mondes celtique et germanique. La création romaine des provinces gauloises se calqua peu ou prou sur les réalités antérieures, de sorte que la nouvelle province de Gallia Belgica, correspondait grosso modo à l'antique Belgium ; sa capitale fut la cité des Rèmes (Reims), alliés des Romains durant la Guerre des Gaules. Sous Dioclétien, à la fin du IIIe siècle, la province de Gallia Belgica fut scindée en deux : Belgica Prima (capitale : Trèves) et Belgica Secunda (capitale : Reims).

La civilisation gallo-romaine rejaillit sur les premiers développements de la bourgade en lui laissant le patrimoine que nous connaissons encore aujourd'hui. Le Moyen Âge provoquera ensuite un changement de mode de gouvernance avec l'arrivée des Francs ripuaires, dominant les régions rhénanes. De cette époque, nous avons conservé le riche matériel des tombes dites « princières » découvertes au Vieux Cimetière de la ville. Après la dislocation de l'Empire de Charlemagne entre ses petits-fils, Arlon reviendra en 870, par le Traité de Meersen à la France de Charles le Chauve ; elle n'y resta pas longtemps et reviendra rapidement en territoire germanique impérial.

Du XIe au XIIIe siècle, la succession des comtes d'Arlon est connue et son lien avec le comté puis le duché de Limbourg s'institutionnalise. Sous le comte Henri III, le comté d'Arlon accède au rang de marquisat. Et c'est le fils d'Henri III, Waleran IV qui, par son mariage avec la comtesse Ermesinde, liera la destinée d'Arlon avec celle du Luxembourg (devenu duché sous Wensceslas Ier de Luxembourg), au sein du Saint Empire romain germanique.

Au XVe siècle, les droits sur le Luxembourg furent vendus à Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Dès cette époque, Arlon fut balancée d'une autorité à une autre, comme l'ensemble des régions voisines : Habsbourgs, Angoulême-Bourbons, mais également révolutionnaires français et Orange-Naussau, furent autant d'autorités qui gouvernèrent Arlon en français, en allemand, en espagnol, en néerlandais,…

Au moment de l'indépendance de la Belgique, Arlon était manifestement teinté davantage de culture germanique que romane, ce qui aurait dû logiquement et durablement lier sa future destinée avec le Luxembourg germanique. Mais les grandes puissances en décidèrent autrement lorsqu'en 1839, par le traité des XXIV articles qui scinda le Luxembourg en deux sur base essentiellement linguistique, Arlon fut versée dans le pot belge. L'omniprésence de la culture germanique subsista encore jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale.

L'accession d'Arlon au rang de chef-lieu dans la nouvelle province belge de Luxembourg permit un développement socio-économique sans précédent. L'histoire et la fortune de certaines grandes familles de notables arlonais du XIXe siècle en témoignent. Le Musée Gaspar, du nom de la famille éponyme, présente concrètement un exemple de réalisations bourgeoises arlonaises de cette époque.

Où qu'il chemine, le visiteur se trouve perpétuellement confronté à cette dualité identitaire arlonaise. Dès l'antiquité, les reliefs attestent une réappropriation de type rhénan des canons esthétiques méditerranéens. Le promeneur qui se rendra à l'église Saint-Donat par « la montée royale » pourra lire que l'ancien chemin de croix est en bilingue français-allemand. Aujourd'hui encore, le blason de la Ville dérive directement du blason du comte de Luxembourg Henri V le Blondel, vassal du Saint Empire. Ad limites de l'Empire romain, aux marches du Saint Empire et aujourd'hui pont entre les Luxembourg belge et grand-ducal, Arlon demeure un lieu de passages entre deux mondes.

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